Ce matin, SOS Pays de l’Apance a interpellé Nicolas Lacroix, président du Conseil départemental de la Haute-Marne, lors de son tour du département. Nous avons pu aborder son controversé « plan d’abattage massif » des alignements d’arbres bordant les routes du territoire. Cette fois, il est question de promesses de transparence et de concertation avec les associations environnementales. Mais ces engagements se traduiront-ils enfin en actions concrètes ?
Ouverture au dialogue ou politique du fait accompli ?
Resté jusqu’ici sourd aux demandes des associations environnementales, Nicolas Lacroix s’est finalement engagé ce matin à les recevoir avant l’été. Une avancée tardive, mais attendue, après son refus obstiné d’un dialogue sur la préservation du patrimoine arboré.
Dans un communiqué de février 2024, plusieurs associations environnementales du département, dont Nature Haute-Marne et la LPO, avaient exprimé leur inquiétude face au rejet du dialogue dans lequel s’enfermait le président du Conseil départemental.
La transparence administrative reportée sine die
Autre problématique importante pour les paysages et la biodiversité : la justification scientifique de l’étendue du plan d’abattage et la mise en œuvre suffisante d’un programme de replantation en bordure de route.
L’élu affirme que l’inventaire des alignements d’arbres ainsi que leurs diagnostics sanitaires, dont nous demandons la publication, sont d’ores et déjà « publics ». Pourtant, bien que ces documents soient selon la loi accessibles sur demande, ils n’ont jamais été publiés ou communiqués…
Faute de disponibilité de ces documents, les Haut-Marnais n’ont aucun moyen d’apprécier la pertinence scientifique des décisions d’abattage et de s’assurer que les coupes ne sont effectuées qu’en l’absence de solution alternative. La transparence sur ces données serait donc indispensable pour prévenir des abattages injustifiés et garantir une gestion respectueuse du patrimoine arboré.
Pour rappel, Nicolas Lacroix a refusé l’an dernier de transmettre ces documents à l’association environnementale Ciel Sud Haute-Marne. Pour faire suite à la saisine de la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) réalisée le 6 mai 2024 par l’association, Lacroix s’engageait par courrier à les communiquer en fin d’année dernière. Mais à ce jour, walou. Ces documents restent introuvables et n’ont pas été transmis à l’association, malgré un avis favorable de la CADA et le caractère aujourd’hui achevé de ces pièces.
Nous attendons toujours que le président du Conseil départemental respecte la loi sur la transparence des administrations.

Aucun des documents promis n’a pour l’heure été transmis à l’association.
Replantation des arbres : compensation réelle ou en trompe-l’oeil ?
Sur la compensation écologique, l’édile se veut rassurant. Exit l’expression “abattage massif”, qu’il dit avoir employé malencontreusement. Deux arbres seront systématiquement replantés en bord de route pour chaque arbre abattu, explique-t-il.
Si la replantation n’est pas envisageable en bordure de route, elle sera réalisée sur le talus. Vraiment ? En consultant son propre communiqué de février 2025, une nuance de taille apparaît : ces arbres d’alignement ne seront manifestement pas replantés en bordure de route lorsqu’il sera impossible – selon le Conseil départemental – d’assortir cette plantation à une limitation de vitesse.
Que faut-il comprendre ? La promesse d’une compensation systématique sur chaque portion du réseau structurant ? Ou la perspective d’un verdissement partiel soumis à conditions ?
Au-delà de la mise en scène médiatique, la nécessité d’une concertation environnementale
Malgré nos interpellations, Nicolas Lacroix n’a pris aucun engagement concernant la mise en place de véritables concertations environnementales en amont de tous les projets qui impactent le cadre de vie et l’environnement des Haut-Marnais. Or, ces concertations sont essentielles pour éviter des décisions politiques unilatérales aux conséquences désastreuses.
En agissant seul sur un sujet aussi sensible, le Conseil départemental de la Haute-Marne a non seulement ignoré intentionnellement l’expertise environnementale des associations agréées d’utilité publique pour la protection de l’environnement, mais il a également exposé l’ensemble du département à un grave préjudice réputationnel. La vague d’indignation provoquée par son plan d’abattage a traversé les frontières locales, suscitant une critique unanime dans la presse nationale, et un rappel à l’ordre de Christophe Béchu, alors ministre de l’écologie (“Haute-Marne : Béchu inquiet d’une atteinte à la biodiversité dans un projet d’abattage d’arbres“, Le Figaro.) Une publicité pour le moins regrettable pour un département qui perd chaque année de nombreux habitants et espère attirer les amoureux de la nature.
Plutôt que de réparer après coup les dégâts politiques et médiatiques causés par ses propres égarements, nous demandons que le président du Conseil départemental adopte une approche responsable et anticipée : il est urgent de formaliser un cadre de concertation permettant d’éviter à l’avenir ce type d’erreur stratégique.
Nous appelons également le président du Conseil départemental à faire de la concertation une pratique constante et sincère, et non un simple exercice de communication lors d’événements organisés à sa convenance, entouré de ses équipes de com’. Un dialogue réel et ouvert ne peut se limiter à une tournée médiatique du département, quand, le reste de l’année, ce même Nicolas Lacroix exclut certains acteurs essentiels du territoire et l’émergence d’une réflexion environnementale collective.